Repenser la radicalisation en Occident: Négligeons-nous l’influence du genre ?

Daesh flag imageCet article est la traduction française d’un article initialement publié sur islamicmonthly.com.

En mars dernier, Londres a été touchée par un attentat terroriste qui a fait quatre morts et des douzaines de blessés. C’est l’un des attentats les plus meurtriers qui aient secoué la capitale britannique depuis 2005, où des explosions dans le métro ont causé plus de 50 morts et des centaines de blessés. Dès juin 2017, Londres était de nouveau la cible d’un attentat entraînant huit morts, après qu’une attaque avait tué 23 personnes à Manchester au mois de mai.

Khalid Masood, le terroriste qui a perpétré l’attentat de mars, a été tué par la police. Des informations sur l’homme et son passé ont été diffusées dans les jours suivant l’attaque. Khalid Masood avait 52 ans, on le sait culturiste, marié et père de trois enfants. Né Adrian Russell Elms (sa mère avait changé leur nom de famille pour Ajao lors de son remariage), il a changé de nom après sa conversion à l’islam alors qu’il était en prison. Il a été emprisonné de nombreuses fois, suite à plusieurs condamnations, dont aucune n’était liée au terrorisme. On retrouve chez Khalid Masood plusieurs tendances qui ont été identifiées chez les djihadistes: il a mené une vie de criminalité et s’est radicalisé en prison, mais il n’était en aucun cas pauvre.

En particulier, et je voudrais me concentrer sur ce point, il a des antécédents de violence domestique. C’est un sujet qui commence seulement à susciter l’attention dans les questions de radicalisation. Les antécédents de violence domestique de Khalid Masood indiquent que sa conception de la masculinité est un facteur important de sa radicalisation, un aspect qui est trop souvent négligé. Ce n’est pas la pauvreté qui explique la trajectoire de Khalid Masood, et c’est relativement tard qu’il a adopté son idéologie extrémiste. Nous ne disons pas que ces deux éléments ne jouent aucun rôle dans la radicalisation de certains individus, mais il est évident qu’ils n’expliquent pas comment Khalid Masood en est venu à se radicaliser et perpétrer cette attaque odieuse.

Pour penser la radicalisation en Occident et l’étudier, nous nous devons d’adopter une approche multidimensionnelle en nous concentrant sur les diverses formes de masculinité, et pas seulement sur l’idéologie ou les conditions de vie. Bien que certaines personnes semblent en effet se radicaliser sur internet via la propagande qui y sévit, ce n’est certainement pas vrai pour toutes. Nous devons incontestablement étudier l’usage du numérique par les auteurs d’attentats, mais nous devons aussi éviter d’accorder trop de poids à cette explication, ce qui reviendrait à une forme de déterminisme technologique.

Notez bien que je limite ma réflexion à la radicalisation en Occident car les trajectoires de Musulmans ayant grandi dans un pays musulman avant de rejoindre un groupe comme Daech ou de perpétrer un attentat suicide diffèrent beaucoup de celles de Musulmans occidentaux.

Ma proposition s’inspire de travaux sociologiques sur les hommes dans des groupes extrémistes néo-nazis. Le chercheur Michael Kimmel a beaucoup publié sur le sujet. Parlant de l’humiliation, il écrit notamment:

« L’un des observateurs de la violence les plus éclairés que j’aie lus, James Gilligan, a écrit un livre intitulé Violence. Il soutient que la honte et l’humiliation sont à la base de toute violence: “Puisque je me sens petit, je vais te faire te sentir encore plus petit”. Dans mes interviews avec des extrémistes, qu’ils soient actifs ou anciens, j’ai trouvé à maintes reprises qu’il avaient éprouvé ce sentiment d’humiliation et de honte ».

Toute discussion sur l’humiliation se doit d’être positionnée culturellement. On peut la différencier de l’embarras (gêne) en ce que l’humiliation comporte une dimension liée au pouvoir: l’un des protagonistes a subi un pouvoir qui l’a poussé hors de son rôle, ou encore les actions pour lesquelles il est jugé ont tellement affecté sa position sociale qu’il ressent une perte de statut importante, et durable. De même que les origines de l’humiliation varient en fonction de la culture, elles changent en fonction du genre. Se concentrer sur le genre, ici la masculinité, nous permet d’aller au-delà du débat facile et binaire selon lequel soit les djihadistes suivent une idéologie extrémiste, comme le Wahhabisme, soit ils se sentent marginalisés d’un point de vue économique.

Une fausse dichotomie

Les données empiriques nous forcent à regarder au-delà de la pauvreté et des conditions matérielles lorsque l’on étudie la radicalisation. Il y a un peu plus d’un an, Thomas Piketty, un économiste réputé, a expliqué la radicalisation au Moyen Orient par les inégalités de revenus extrêmes inhérentes aux pétromonarchies. La description que fait Piketty des réalités économiques dans les pays du Golfe est certainement correcte, cependant la façon dont elles impactent les autres pays de la région n’a pas été clairement développée. De plus, de nombreux djihadistes provenant de différents pays sont issus des classes moyennes ou moyennes supérieures, comme Masood. S’ils souffrent de marginalisation, celle-ci n’est pas d’origine économique.

Imaginer que l’idéologie extrémiste est le seul facteur poussant des individus à se radicaliser, et pour certains, à rejoindre Daech, laisse de nombreuses questions sans réponse. Ainsi, pourquoi une écrasante majorité de musulmans ne rejoint-elle pas Daech ou ne se radicalise-t-elle pas? Aucune religion n’est homogène dans l’interprétation qu’en font ses membres. L’islam n’est pas exceptionnel à cet égard. Il y a clairement d’autres facteurs en jeu, et une explication purement économique, pas plus qu’une explication idéologique, ne saurait expliquer la radicalisation.

Dans un article récemment publié dans The Guardian, l’éminent chercheur Olivier Roy soutient l’idée selon laquelle les facteurs économiques n’expliquent pas la radicalisation. À partir de données collectées sur les djihadistes français, Olivier Roy montre que ce n’est pas la piété religieuse qui mène ces personnes à perpétrer des attentats. Au contraire, la plupart d’entre elles ont des antécédents de violence et ne se sont converties à l’Islam qu’à l’âge adulte. Résumant son propos, il soutient que “le terrorisme ne provient pas de la radicalisation de l’Islam, mais de l’islamisation du radicalisme”. Il souligne des aspects intéressants et peu explorés de la manière dont les cellules se forment, souvent parmi les frères et les connaissances nouées notamment à l’école ou en prison. Il note également que ces hommes sont intégrés linguistiquement, parlant la langue du pays dans lequel ils vivent, indiquant qu’ils sont souvent de seconde génération. Malgré l’utilisation systématique du pronom « he » dans l’article pour désigner des djihadistes et la mention fréquente de “brothers”, l’analyse d’Olivier Roy ne porte pas explicitement sur les questions liées au genre. Tout ceci me conduit à une série de questionnements sur la masculinité toxique et sa relation à la radicalisation.

La masculinité toxique

La masculinité toxique peut être un élément clé dans la radicalisation de ceux qui décident de mener des attaques terroristes au nom de l’Islam.

La “masculinité toxique” désigne une certaine idée de ce que c’est qu’être un homme, incluant la domination, et l’idée que les hommes sont supérieurs aux femmes et doivent s’imposer en tant que tels. Ces hommes pensent que se montrer vulnérable, passif, ou accepter que des femmes soient aux commandes sont des signes de faiblesse. Cette conception de la masculinité se manifeste souvent, mais pas exclusivement, par des efforts intenses pour augmenter sa force, se battre avec d’autres hommes, et parfois par de la violence domestique.

Dans un article du Guardian, Hardley Freedman a adopté un angle d’étude plus restreint que le mien : il se concentre sur les terroristes “isolés”, n’ayant pas été recrutés par Daech. Le lien, cependant, demeure évident. Hadley Freeman démontre qu’un grand nombre de ces agresseurs sont des hommes ayant des antécédents de violence domestique à l’encontre de leur conjoint ou conjointe, tandis que d’autres ont violé et harcelé des femmes. Hadley Freeman souligne également qu’en Irak et en Syrie, Daech réduit au rôle d’esclaves sexuelles des femmes, notamment yézidies : une pratique qui n’a aucun fondement dans l’Islam. Ceci nous pousse à considérer que l’Islam pourrait n’être qu’une justification offerte après coup par les Djihadistes eux-mêmes, alors que la raison sous-jacente est liée à leur masculinité toxique et leurs conceptions patriarcales des relations, qu’ils sont systématiquement prêts à défendre par la violence.

Un article du New York Times de juin 2016 rapporte que 16% des tueurs de masse avaient des antécédents de violence conjugale, et que leurs conjoints étaient parmi les victimes dans 57% des cas. Omar Mateen, qui a attaqué la boîte de nuit Pulse à Orlando, et Cedric Anderson, qui a perpétré la fusillade dans une école à San Bernardino en Californie, correspondent tous deux à ce profil d’auteur de violence domestique à répétition. Il ne faut certes pas extrapoler l’idée que se livrer à de la violence domestique mène à se radicaliser et à accomplir des actes extrémistes violents. Néanmoins, on peut voir un lien entre masculinité extrême et djihadisme dans l’usage que fait Daech du viol dans la guerre ainsi que comme moyen de recrutement. Nous savons que le viol est malheureusement une arme de guerre. La différence est qu’ici, il est utilisé pour attirer des combattants de Daech, au lieu d’être nié et caché. Daech double ainsi la mise en termes de masculinité toxique.

Les Musulmans en Occident subissent de nombreuses humiliations : la discrimination par la police, les préjugés de la part d’autres citoyens, ou encore le chômage. Cela revient à une forme de racialisation. Les Musulmans, bien que n’étant pas un groupe ethnique, sont néanmoins perçus comme inférieurs, barbares, violents, nécessitant d’être contrôlés et incapables d’accorder à la femme des droits égaux à ceux des hommes. Les guerres et conflits persistants, tels que l’invasion de l’Irak par les États-Unis ou l’occupation de la Palestine par Israël, ont suscité la colère des communautés musulmanes en Occident. Chaque nouvelle attaque dans laquelle des vies musulmanes sont perdues, dans l’impunité, ravive la colère, à juste titre. Ce sentiment est exacerbé par la perception selon laquelle les médias et les politiciens occidentaux manifestent peu d’égard, si ce n’est aucun, pour les pertes de vies humaines.

Olivier Roy souligne que cet argument est l’un des plus utilisés par les djihadistes pour justifier leurs actions. Ainsi, on ne peut pas généraliser l’idée selon laquelle l’Islam est patriarcal et les hommes qui se radicalisent partagent cette vision patriarcale du monde, ce qui placerait par conséquent l’islam à la base de la radicalisation. Ce modèle ne permet pas d’expliquer pourquoi tant d’hommes musulmans ne se radicalisent pas.

Le genre, encore une fois, nous permet de porter un regard critique sur les facteurs économiques et leur rôle dans la radicalisation. Un grand nombre d’études montre une discrimination à l’embauche envers les musulmans, quel que soit leur genre. Des statistiques provenant de différents pays d’où sont originaires de nombreux djihadistes combattant en Syrie (dont la France, la Belgique, la Suède et l’Allemagne) montrent des niveaux élevés de discrimination sociale et à l’embauche contre les personnes perçues comme étant musulmanes ou originaires d’Afrique du Nord. Les femmes musulmanes sont sans aucun doute les victimes de discrimination en Europe de l’Ouest et aux États-Unis, et pourtant elles sont très peu à réagir par un extrémisme violent, une fraction infime du nombre d’hommes.

Néanmoins, nous devons veiller à ne pas parler de masculinité comme s’il n’en existait qu’une forme. Il faut y penser dans un contexte multidimensionnel, en combinaison avec de multiples autres facteurs. Dans la mesure où il n’y a pas une “masculinité’ ou un ensemble de normes expliquant comment être un homme auquel tous les hommes musulmans adhèrent, quel que soit leur âge ou nationalité, il y a nécessairement une pluralité de masculinités. Je n’essaierai pas ici de les classer, ou d’étiqueter certaines “dociles” et d’autres “violentes”. Un tel classement serait au mieux hautement spéculatif.

Le genre nous permet de repenser ce que nous savons sur la radicalisation en prison, un phénomène dont les liens avec Daech sont cruellement sous-estimés. J’ai insisté sur ce point dans une interview que j’ai donnée récemment, car je vois dans la radicalisation en prison un contre-argument à l’idée simpliste selon laquelle l’islam et les tendances violentes aboutissent au djihadisme. Un grand nombre de djihadistes sont de nouveaux musulmans, convertis en prison, ce qui montre que des enjeux non-idéologiques ne sont pas pris en compte, ou considérés à tort comme étant fondamentalement idéologiques. Le genre nous permet d’étudier la question plus en profondeur, en se penchant sur la dynamique des échanges en prison, où les hommes peuvent devenir violemment compétitifs et former des gangs. Cela nous ramène également aux similarités avec la citation de Michael Kimmel, mentionnée plus haut, sur les groupes suprématistes blancs, une autre idéologie qui est souvent le résultat d’une radicalisation en prison.

La distribution des genres est fortement asymétrique en ce qui concerne la violence djihadiste, et cela ne peut être ignoré. De plus, il existe des similarités remarquables entre des groupes extrémistes ayant des profils idéologiques très différents, ce qui suggère que d’autres facteurs motivent leur radicalisation et leur violence. Je prends suffisamment au sérieux la variabilité entre les cultures pour soutenir qu’on ne trouvera jamais une explication scientifique viable de la radicalisation qui serait toujours vraie dans un contexte culturel, sans parler d’une explication commune à plusieurs cultures. Nous devons nous éloigner d’un débat confiné aux facteurs matériels et idéologiques de la radicalisation. Une approche multidimensionnelle qui se concentre sur la masculinité nous permet de repenser plus spécifiquement à la fois les facteurs idéologiques et économiques de la radicalisation, sans purement les rejeter.

 

Je voudrais remercier Bozena Welborne, Sean Widlake et Mediha Sorma pour leurs commentaires et critiques des brouillons de cet article. Je voudrais également remercier Lucie Colineau, Auréanne Colineau, et Hélène Keller Colineau pour la traduction en français.

Daesh Takes on Conspiracy Theories in Dabiq Magazine

There is no shortage of conspiracy theories about the roots of Daesh. As I am sure readers have seen for themselves, some think a FOIA document from the Department of Defense proves that the USA wanted ISIS to establish a “caliphate.” This document has been widely shared and written about, but I pick that claim apart here. Still others think the USA deliberately sowed chaos in Iraq, rather than charging in arrogantly and leaving a trail of destruction. Some think the entire war in Syria was instigated by the CIA to overthrow Assad because of pipeline politics (the linked piece has 4.1k shares on fb alone). Asad Abu Khalil recently insinuated that Abu Bakr al-Baghdadi himself is a Mossad plant, as ridiculous as that is. Being the subject of so many of these theories apparently got on the nerves of some inside Daesh, and they decided to try to convince their Muslim brethren (or those who will actually listen to them) that conspiracies are flawed.

“Grand conspiracies consist of so many factors only controllable by Allah (ta’ālā).” This is the central argument of the piece I focus on here, published in the ninth installment of Daesh’s now-defunct Dabiq magazine. Frustrated with what they perceive to be the spread of conspiracy theories among Muslims, this piece set out to push back and convince readers to give up this style of thinking. The group employs its discursive terms for shaping the world, labeling some as sahwat / صحوات and others as murtad / مرتد, meaning an apostate. Much of theirScreen Shot 2017-05-17 at 3.44.44 AM presentation of history has a unique lens, to say the least, and other parts slip into pure denial. Take this passage to the right, for example. As has been established from so many angles by now, the USA did indeed support Afghan mujahideen in their fight against the USSR. That isn’t to say the USA created these people out of thin air, but there was certainly material support. Throughout the piece, the author (authors?) continually talk about kuffar /كفار, a common term used among jihadis that refers to infidels.  This framing not only shapes the question of who is right and who is wrong, but also the Muslim audience, though the vast majority of Muslims don’t walk around labeling people Kuffar.

While never voiced so explicitly, much of the evidence and anecdotes provided by the author points to a feeling that the agency- and therefore achievements- of the Muslims is undermined by conspiracy theories. A quote below from the piece illustrate this well. Screen Shot 2017-05-19 at 11.56.21 AM

Interestingly, the author also says that many “Islamic” leaders, scholars, etc have fallen into a pattern, “in imitation of the nationalists before them…” The author calls up multiple examples, some recent, others ancient, in which Muslims shouldn’t doubt their power. S/he cites 9/11, discussing it as a jihadi accomplishment that should not be doubted or undermined by conspiracy theories:Screen Shot 2017-05-19 at 4.45.37 PM

Returning to the central point, the author sees all knowledge and control ultimately resting with God. Conspiracies, the author argues, assume that humans have this level of power to influence without others realizing, thus Daesh equates this with shirk. Shirk is a term referring to polytheism, also in the form mushrikeen / مشركين  in Arabic. In a more literal use, it would refer to a religion like hinduism that believes in multiple deities, or Yezidis in Iraq.

There is something more to be found in the word shirk. It’s awkwardly close to the word kufr / كفر as in “unbelief” because shirk means that one has denied tawheed/ توحيد, or the oneness of God. As this is a pillar of belief in Sunni Islam, engaging in shirk, assuming this is indeed the case, means one is not fulfilling the basic conditions to be a Muslim. This is where kufr comes in, as takfir/ تكفير is the practice of casting people out of the religion, or labeling them kuffar.

Moreover, as is well known, Daesh has been engaging in takfir on a wide scale based on Muslims not engaging in jihad. Since they’ve set themselves up as the Muslims, any other Muslims who fail to support their jihad are failing to engage in jihad as they’re required to (an extremist interpretation) and therefore can be labeled kuffar. In Daesh’s eyes, that is equivalent to labeling someone the enemy; this salafi-jihadi interpretation of Islam affords no protections to them whatsoever.

Screen Shot 2017-05-20 at 9.46.27 PMTowards the end of the piece, this understanding of shirk is spelled out explicitly, shown to left here. The aggressive and takfiri use of the word shirk / شرك aside, the basic insecurity here is one in which a jihadist writing in Daesh’s name wants credit for what s/he perceives to be the organization’s accomplishments. It fits well with broader sociological analyses that ask why young men (more on this to come from me soon!), whether marginalized or not, seek to join a group like Daesh- or extremist groups more broadly: they feel humiliated and want a modicum of power.  This emphasis is given voice in the end of the piece, shown below. Screen Shot 2017-05-20 at 9.59.34 PMThat’s what I see here- jihadis who sought power  in their radicalization feel like they found it, only to see it undermined by conspiracies in which the kuffar retained the power.

Conspiracy theories thus recreate the exact power imbalance that many joined Daesh to attempt to upend.

nb* a number of my Muslim friends helped me by answering a bunch of my questions about shirk- thanks Gulşah, Sajjad, Akbar, Sid, and others:)